George Sand, choucroute et dentition

Le dernier article sur ce blog a été écrit il y a deux ans environ, mais allez savoir pourquoi, c’est ce soir, dans cette brasserie alsacienne du centre de la France, qu’il m’a repris l’envie d’écrire.

Est-ce cet homme au mulet-moustache-pull-à-peluches à la table de droite, son voisin bedonnant au regard vide, ou la personne édentée de sexe masculin à ma gauche, cherchant à tout prix un eye-contact afin d’assouvir sa curiosité et ENFIN comprendre par quel miracle une étrangère a pris place à ce comptoir un samedi soir ?

Un peu tout ça. Avec le fait probablement d’aller passer quatre mois dans le Nord-Pas-de-Calais. Faut croire que ça m’inspire plus qu’un voyage au Mexique. Après, je ne peux pas nier le fait que je cherche à éviter le eye-contact de l’homme sans dent en pianotant sur mon téléphone. Sachant qu’il est à moins de deux mètres de moi et que peut-être cette personne du centre de la France sait lire.
Il dit à la serveuse qu’il va bien. Elle répond qu’il a de la chance. Elle dit ça avec son énergie de serveuse qui fait mille choses, ses 40 ans en moins et toutes ses dents derrière ses lèvres. Il ne répond rien à cette effrontée qui a encore tout à apprendre du bonheur et de la vie.

Son frère, parce qu’il s’agit d’une entreprise familiale, son frère, qu’ils ont a eu la sagesse d’esprit de poster derrière le bar uniquement, son frère donc, se bat avec un moucheron dans un fond de crème de cassis qui va servir de kir. Il a la voix qui mue, et lui aussi aimerait bien comprendre ce que je fous dans ce bled. Il demande à Christophe sans dent avec l’air de celui qui a l’habitude s’il veut un petit Chinon qui va bien avec son tartare. L’autre lui réplique Bah oui, l’air de celui qui n’a même pas à répondre à cette question absurde.

La vérité est que je ne sais pas ce que je fais là, enfin là où ailleurs c’est pareil quoi. Merde, ils font décaler le vieux sans dents, maintenant on est côte à côte. Jm’en balec, je le regarderai pas. Bref, je suis là parce que je suis en route vers le Nord, ça je l’ai dit. J’arrête encore ce récit pour citer le serveur à la voix qui mue de 14 ans évoquer son « instinct de barman » alors qu’il sert le petit Chinon qui va bien. Quelle famille de prétentieux.

Donc je me trouve à La Châtre. Un endroit jamais évoqué par personne dans mon entourage depuis que je suis née. On comprend qu’il y a un problème avec ce bled rien qu’en prononçant son nom. Le « r » n’a rien à foutre en dernière syllabe, c’est hyper chelou. Ajoute à ça un accent sur le « â », t’as envie de le prononcer en te le foutant dans le cul. Ou la châte, c’est selon.

Je suis arrivée ici parce que j’allais pas m’envoyer 9 h de caisse d’un coup, c’est pas humain. Je pars quatre mois dans le Nord, autant dire que mon camion n’était pas de trop pour transporter mon semi palette de manteaux et de pulls. Fallait couper la route en deux, vous comprenez bien. Déjà quatre heures de route toute seule, j’étais fébrile, un moment j’ai dû crier très fort dans l’habitacle pour me rappeler que j’étais dans un corps. Et bon, au milieu de la France pour faire un stop dans le néant, t’as l’embarras du choix. Mais comme je suis une femme mi raffinée mi paysanne, j’ai pensé à aller faire un tour dans la maison de George Sand, bien connue pour ses romans et ses parties de chasse.

Donc, je me dis cap vers le centre. Je me prends une chambre au café du commerce, normal. Et là, je débarque dans la brasserie en face pour le souper et je trouve quoi ? Une carte avec des spécialités alsaciennes. Merde. Ce serait pas la première fois que je déconne avec le GPS. Mais quand même, mon p’tit doigt me dit qu’il faut plus de quatre heures de route pour rejoindre l’Alsace depuis Toulouse. Faut dire, je suis pas balèze en géographie mais là, ça me semble un peu culotté d’étendre l’Alsace jusqu’au milieu de la France.

Et voilà, j’ai déconné. J’ai regardé un peu en biais, le vieux sans dent a senti la brèche et il a réussi à me coincer sur un monologue à propos des chiens de garde et leur gentillesse évidente. Quelqu’un dans le resto a sorti un appareil photo numérique qui fait des énormes flash, ça fait un bip bip à l’ancienne, toute la pièce se sent concernée à chaque prise. Un enfant crie, je le cherche du regard mais ne trouve qu’un petit être moche au visage flétri type Benjamin Button. Cet endroit est un concentré de choses étranges qui me font dire que, soit je me suis perdue en passant la frontière alsacienne et l’Est c’est pas joli-joli, soit j’ai voyagé dans le temps mais en sens inverse de Jacquouille. Je serais donc un genre de dame Ginette égarée au Moyen-Âge, ce qui fait de moi une meuf hyper moderne dans ce nouveau décor alors que chez moi je sais même pas changer le nom de mon wifi, nommé Lolattila par une personne malintentionnée et ça me fout la honte chaque fois qu’il faut le partager. Les gens doivent se dire que je suis prétentieuse à me prendre pour une guedin de Hun, puis vient le moment du mot de passe, et là je lis la pitié dans leurs yeux mais je ne peux pas vous dire ce que c’est sinon c’est la fête au wifi, et je sais pas changer le mot de passe, donc voilà.

J’ai fini par vérifier, je ne suis pas en Alsace mais dans la région Centre-Val de Loire. Dans le doute, j’ai quand même pris une choucroute. Vivement le Nord que je bouffe de la pissaladière.

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