Tout plaquer et devenir chanteuse en sanskrit

Avec l’arrivée de la mode des barbes, chemises à carreaux et autres tatouages de cintre sur le bras, les gens se sont mis à faire à peu près tout et n’importe quoi. En fait, plus c’est bizarre plus c’est cool, moins c’est populaire et plus c’est tendance, voilà la clé de la cool attitude (d’ailleurs dans le monde des gens à tatouage de cintre, l’utilisation du terme « cool attitude » vous renvoie à la caste des intouchables sans passer par la case départ).

Exemple : la zumba – pas tendance-, atelier de dressage de chèvre indienne – tendance-, faire de la guitare – pas tendance -, jouer du flutiau des Andes chiliennes – tendance -, acheter des verres Ikea – pas tendance -, mouler son propre bolichon à thé avec du tilleul frais – tendance -, etc.

Donc voilà comment je me suis fait embarquer dans une séance de chant en sanskrit. Evidemment ceci se passe à Paris, n’essayez pas de reproduire ça à Toulouse, les gens ne sont pas encore prêts.

Mais avant de vous parler de ce moment quelque peu déroutant, il faut que je vous briefe sur l’auteure de l’initiative. Ma copine Suzette. J’ai évidemment choisi le prénom le moins tendance possible, ce qui le rend… tendance ! Faut suivre le rythme, la mode ne vous attendra pas les gars. Suzette baby, je sais que ce prénom te plaira.

Donc Suzette s’est découvert une nouvelle passion pour le chant dernièrement. Faut croire que 30 ans c’est l’âge des révélations, entre Suzette au chant et moi aux portés, la trentaine risque d’être mouvementée.

Cette passion est née lors de la messe du 25 décembre en la basilique Saint-Sernin. Alors qu’elle n’a presque jamais mis un pied dans une église, Suzette sort complètement galvanisée par ces chants liturgiques.

Chanter, ça fait vraiment du bien. Me rétorque-t-elle simplement alors que je tente de comprendre le concept, déjà bien au courant des bienfaits de radio nostalgie au volant de feu ma 206 bleue.

Tellement bien qu’elle se remettra une session de chant gratis quelques jours plus tard dans une autre église.

Ensuite il faut que je vous explique pour bien comprendre, dans mon entourage, seule Suzette aurait pu avoir l’idée du chant en sanskrit. Faut quand même signaler qu’elle a un chat vegan qui préfère bouffer des pétales de tulipe plutôt que des bouts de saucisse. C’est vous dire l’ambiance à la maison.

De passage à la capitale, je me laisse donc convaincre, attisée par la curiosité. Suzette n’étant pas disponible ce jour-là, je rejoins une autre amie, intriguée elle aussi par la campagne de publicité menée par Suzon.

Et là mes idées reçues tombent, loin d’un public à barbe et tatouage d’objets culinaires, l’environnement est en fait peuplé de nombreux hippies, de tout âge, chaussettes en laine de deux mètres et couverture en poils de chamois sur les épaules.

Plus qu’une session de chant, il s’agit en fait d’une séance de méditation de 25 minutes, suivie de 30 minutes de chants hindous puis d’une lecture d’un texte sur la vie et ses méandres.  Nous avons droit à la totale : homme chelou au crâne rasé trimbalant sa bougie aux quatre coins de la pièce, distribution d’une préparation à base de riz, prières et remerciements aux divinités Shiva, Ganesh et toute la tribu.

Peu habituée aux réunions religieuses, je reste sur mes gardes tout au long de la cérémonie, m’attendant à tout moment à ce que l’on me parle suicide collectif ou que l’on m’exhorte de donner mon futur enfant en offrande aux divinités. Nous atteignons le paroxysme lorsque, enfin libérée par le gourou et alors que je me jette dans les vestiaires prendre mes cliques et mes claques, le groupe en transe, forme spontanément une ronde dans le hall pour psalmodier une dernière fois son amour pour Shiva.

De retour chez Suzette, je tente de cacher mon émoi, tant cette nouvelle passion lui tient à coeur. Je finis par tout lâcher, brandissant presque une brochure sur l’endoctrinement des sectes. Etonnée par ce remue-ménage, elle m’informe que personne ne lui a jamais demandé de donner son bébé hypothétique, mais que surtout, elle n’a jamais eu affaire à ce genre de cérémonie.

Je me refais le film de la soirée et me rend compte qu’effectivement ils ont parlé ce jour-là de l’anniversaire d’un certain mantra. Ce devait donc être une cérémonie exceptionnelle, j’en ai de la chance. La dernière fois que j’avais eu affaire à ce genre de fête religieuse, c’était dans un temple tamoul, sur la côte Sri Lankaise. Ce qui, dans le contexte, ne m’avait absolument pas perturbée. J’étais loin de me douter que je revivrais ça quelques mois plus tard à Paris.

Du coup j’ai pas encore décidé si je me lançais dans une nouvelle carrière de chanteuse en sanskrit. Je vais commencer par m’acheter des chaussettes en laine, au cas où.

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