Un bûcher pour Dorothée

À chaque génération son traumatisme. Nous, trentenaires, sommes marqués par le phénomène boys bands et dessins animés de l’angoisse. Clairement, nous ne sommes pas sortis indemnes de cette période.

Je me suis rendu compte de ça un jour que je fredonnais un générique. Putain, y’a des trucs qui te restent collés au cerveau, tu ne comprends pas comment la sélection s’est faite. Ça fait des années que je chante un truc, avec des paroles qui ne veulent absolument rien dire. Un générique de dessin animé inconnu au bataillon. J’ai dû le mémoriser assez jeune sans comprendre les paroles. Donc, je me souviens de la chanson en mode yaourt, comme si j’avais encore 6 ans.

À l’époque où tout est à portée de clic, j’ai donc cherché sur Youtube ce générique. La bande à Ovide ça s’appelle. Bon clairement, la chanson a de vraies paroles, c’est moi qui chantais vraiment n’importe quoi.

« Sous les papayes, après le boulot, qui est-ce qui vous déride ? C’est la bande à Ovide » s’était transformé en « Sous les cocailles, au bord de l’eau, qui c’est qui vous dévide, c’est la bande à Ovide ».

Ok, j’étais pas une flèche en dictée.

Mais cette incursion dans le passé m’a donné envie de pousser l’investigation un peu plus loin. J’ai décidé de me mater un dessin animé qui m’a marquée et que j’adorais. Les Moumines.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce truc. Ce sont des espèces de bonhommes, mi cheval mi flamby, qui parlent avec des voix super aiguës. J’ai voulu regarder un épisode, histoire de me mettre dans l’ambiance Mini Keums. Et là, j’ai pris un choc. Ce dessin animé te donne envie de te pendre. Il est question d’un monstre qui t’aspire par le sable et que les Moumines arrivent finalement à buter à l’aide d’un chapeau magique. Un des gars est en recherche de solitude permanente, il joue du pipeau de temps en temps, et il règne une ambiance de mort. Les mecs sont complètement chéper, on ne comprend pas la moitié des dialogues. Bref, ça te donne envie de te flinguer sur-le-champ. Et moi, j’étais en kiff sur ce truc.

Comment veux-tu que je sois équilibrée.

Et quand t’y penses, les dessins animés à l’époque du Club Dorothée, et des Mini Keums ensuite, c’était vraiment pas la joie. Je ne sais pas si vous avez déjà suivi Princesse Sarah. On se matte ça aujourd’hui, c’est plaquette de Lexomil assurée. Une petite fille toute fragile, qui perd ses parents et qui galère dans un orphelinat. Ou encore, Tom Sawyer. Et je ne te parle même pas de Rémi sans famille. Là, on atteint carrément l’enfer sur terre. Un jeune orphelin qui se promène dans le froid, la faim et la grisaille, en compagnie d’un clodo et de son clebs. Tu chiales du début à la fin. Les mecs ont vraiment décidé de nous péter l’ambiance dès le début de la vie.

Sinon, tu pouvais mater Nicky Larson. Le dessin animé le plus misogyne de la planète. Le mec ne pense qu’à baiser tout ce qui bouge. Y’a des culs et des nibards dans tous les sens. Bon, il se prend quelques coups de pied-de-biche de temps en temps, mais quand même. Entre ça et les orphelins, ça nous faisait de belles matinées. Une bonne entrée en matière comme on dit.

Dorothée pour la génération Y, c’est un peu comme Cyril Hanouna pour les jeunes d’aujourd’hui. Ils sont aussi drôles l’un que l’autre, font des danses qui mettent tout le monde mal à l’aise et font semblant de kiffer leur public alors que tout le monde sait que le but est de gonfler leur compte en banque en Suisse. Après faut avouer, ils n’abordent pas les mêmes thèmes. Quand Cyril est plutôt porté sur les couilles trempées dans une tarte à la crème, Dorothée avait plutôt un faible pour les grosses meringues.

Y’a qu’à voir dans ses chansons, il est toujours question d’un mec qui se fait la malle et d’une nana qui l’attend comme une connasse à la maison en chialant. Vraiment, c’était pas gagné d’avance en terme d’indépendance de la femme.

Puis sont arrivés les boys bands. Franchement, quand tu y penses, on n’a vraiment pas eu de cul. Je ne dis pas que je n’ai pas kiffé. J’avais une dizaine d’années au moment des Worlds Apart, 2 Be 3 et autres G Squad. Autant te dire que j’ai écumé les Stars Clubs et les posters format A4. Mais encore là, ça a fait des dégâts.

On se prenait pour les Spice Girls dans la cour de récré. Moi, j’étais Mélanie B, la noire aux cheveux bruns en pétard, ma copine Fatima, elle, c’était Emma, la blanche aux cheveux blonds tout raide. Les meufs démarraient mal déjà. On sentait que l’équilibre était pas trop au rendez-vous.

Quand tu compares avec ce qu’écoutent les enfants du même âge, c’est pas le même délire. Nous, on était plutôt sur du cul cul, du romantisme, du girl power à la noix, des hommes imberbes aux corps huilés qui « s’étaient jurés, de toujours tout pardonner, oyééééé ». Une génération angoissée par l’orphelinat et fan de chorégraphies de groupe. Je suis étonnée que mes parents ne m’aient pas abandonnée sur le bord de la route.

Là, les gamins, ils écoutent des chansons qui parlent de viol et de grosses putes.

1997 : « Je veux sentir ton corps brûlant, je le désire si ardemment, laisse moi te conquérir, et mourir de plaisir » (Poetic Lovers).

VS

2017 : « Rappelle-toi quand t’avais des courbatures, je t’avais bien niqué ta race » (Damso).

Sans transition.

Je ne sais pas laquelle de ces deux générations sera un meilleur cru, mais finalement, on était pas si mal lotis.

Reviens Dorothée.

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