José, ange gardien

@ Vincent Galy

Quand on entreprend un périple tel que Saint Jacques de compostelle, ce n’est pas anodin. Chacun est là pour différentes raisons, mais il s’agit véritablement d’un pèlerinage, avec une part de spiritualité.

Tout le monde le vit différemment, avec sa propre philosophie. Par exemple, l’autre jour, alors que je me trouvais avec d’autres pèlerins devant une intersection, l’absence de balise nous a fait nous questionner sur le chemin à prendre. En gros, il y en avait un qui partait en mode hardcore dans la montagne. L’autre qui continuait à peu près tranquillou et à plat.

Un sage m’a dit un jour : face à deux chemins, toujours choisir le plus difficile, philosophe le Lituanien.

Ouais mais non, que je la ramène. Moi, face à deux chemins, je choisis toujours le plus facile. C’est déjà assez compliqué comme ça, alors quand on me laisse le choix, je me la coule douce.

Deux pèlerins, deux ambiances. The French princess ils m’appellent. Le même compagnon a choisi de jeûner, parce que, apparemment, ça te procure des sensations de ouf, mon cul sur la commode.

Et la sensation de bouffer un gros burger alors que t’as dépensé plus du triple en calories dans la journée, t’en fais quoi, hein ? Parce que franchement, c’est le pied. Tiens, passe moi le ketchup, tu seras mignon, que je rétorque la bouche pleine de frites.

Un tel pèlerinage, c’est donc un moyen de découvrir des choses sur soi. Je n’avais jamais fait un tel effort physique aussi prolongé. J’ai donc découvert que je transpirais par le nez. Oui, apparemment, c’est une option physique. Je suis obligée de me moucher toutes les trois secondes, c’est ultra lourd comme découverte.

J’ai aussi appris que quand t’en branles pas une pendant 10 ans, s’envoyer 30 kilomètres par jour pendant une semaine d’un coup, c’est pas très intelligent.

Voilà, avec mon corps, on a décidé de communiquer. Et, j’ai l’impression qu’il a pas mal de choses à dire. Bon, parfois il en fait un peu des caisses et je suis obligée de lui faire fermer sa gueule avec un petit coup de pinard, mais sinon on a bien progressé sur notre thérapie de couple. Par exemple, quand il dit « aïe, j’ai mal », ça peut être un indice qu’un truc ne tourne pas rond.

Ouais, je sais, on a vraiment travaillé en profondeur. Je vous donne quelques pistes parce que mon expérience peut en aider certains, après vous en faites ce que vous voulez.

Et puis, en dehors de mon corps, je me suis aussi mise à écouter et observer les signes extérieurs. Quand tu es sur le chemin, seule, au fin fond du Pays Basque, je peux te dire que tu as le temps d’observer. Par exemple, à chaque fois que je prends un mauvais chemin, et franchement ça arrive souvent, y’a un péloye qui se ramène. À chaque fois. Un mec en vélo, en jogging, avec son chien, qu’importe.

Peregrina ! El camino de Santiago no està por aqui!

Alors, quand je me suis levé un jour, avec une tendinite, un torticolis, et que je me suis retrouvée au milieu de rien, sous la grêle, je me suis demandé quel genre de message j’étais censée comprendre. Et alors que je touchais le fond, recroquevillée dans une cabane au cœur d’une forêt, l’orage grondant, Aser est arrivé.

Il portait un bonnet sur le haut du crâne et approchait les 70 ans. Il était affublé d’une canne et d’un chien vraiment moche, sur lequel il gueulait de la fermer régulièrement avec tendresse. Il m’a trouvée dans la cabane, en position fœtale, résignée à crever au milieu de nulle part.

– Hey peregrina, il ne pleut pas tant que ça ! Viens avec moi, je vais te montrer le chemin !

Et il a ajouté :

– Aujourd’hui sera le pire jour de ton camino. Après, ça ira mieux.

J’étais prête à le suivre jusqu’au bout du monde. Au lieu de ça, il m’a poussée vers un embranchement et m’a expliqué par où je devais passer.

J’ai appris le soir même que, ce jour-là, tous les pèlerins se sont trompés de chemin, par manque de balises. Et se sont perdus dans la montagne.

Pas moi. Moi, j’ai trouvé Aser. Ou il m’a trouvée, qui sait.

 

Ps : il y aura en fait des jours pires que celui-là, qui me mèneront à la fin de mon aventure. Si je croise ce fils de pute, je le défonce.

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