Femmes, je vous aime

Il y a un principe de base dans nos sociétés occidentales : les femmes se détestent les unes les autres. Si certaines ont réussi à s’apprivoiser, la plupart voient leurs congénères comme des ennemies.

C’est qui cette pute ? Elle voulait pas sortir en culotte aussi cette pétasse ? sont, par exemple, des phrases largement employées par une femme, dérangée par la présence d’une autre femme, un minimum jolie, pourvue de seins, et se tenant à moins de trois mètres de distance d’un mâle, choisi avec plus ou moins de clairvoyance.

On a déjà toutes ressenti cette haine, complètement injustifiée, d’une de nos consoeurs, par le simple fait d’être là, d’exister et d’entrer dans la catégorie femelle.

Evidemment, la plupart du temps, c’est parce qu’il y a un homme en jeu. Combien de fois je me suis retrouvée au milieu de ce genre d’embrouilles alors que je n’avais rien demandé à personne.

Mais putain, détends-toi meuf, même avec un bâton je le touche pas ton mec.

Comme on ne dit pas trop ce genre de chose en société, tu te retrouves à esquiver les personnes concernées. De toute façon, un périmètre de sécurité hormonal a été mis en place par la femme menacée autour de l’homme, et dès que tu franchis ladite zone, tu te prends un coup de taser émis par la pupille femelle.

Et tout ça sans que l’homme concerné ne capte quoi que ce soit. Lui, il est là, peinard. De temps en temps, il jette un coup d’oeil au décolleté de la nouvelle arrivée, tranquillou bilou, sans se douter de ce qui se joue au niveau hormonal sur la planète Vénus. Lui, il ne voit pas tout ça. Pas parce qu’il est con, ou qu’il est moins sensible qu’une femme. Non, il n’a juste aucun intérêt à s’en soucier. Un des mythes de nos sociétés veut que les femmes soient plus intuitives que les hommes. Mais les hommes ne sont pas moins intuitifs, ils n’ont simplement pas besoin de l’être. L’homme domine le monde depuis des générations, pourquoi est-ce qu’il aurait besoin de s’emmerder à analyser les comportements des femelles autour de lui ? Qu’elles se crêpent le chignon, ça va de soi, lui il a un chibre et d’autres priorités, notamment sauver le monde.

Parfois, il n’y a même pas d’homme dans les parages. Mais le fantôme du mâle est toujours là, planant. Et la haine féminine te foudroie pour la menace que tu représentes.

C’est vraiment un truc proprement féminin. Et je ne fais pas référence uniquement à la distinction femme/homme. L’homme blanc, évidemment, n’est pas concerné par ce genre de problématique. Mais la plupart des classes opprimées dans l’histoire ont un jour ou l’autre réussi à s’unir et se définir en classe. Les femmes, elles, se détestent trop pour s’unir. Si l’homme est un loup pour l’homme, la femme est une salope pour la femme.

Mais attention, ce n’est pas de leur faute. Tout ceci est le résultat de siècles de construction sociale. La femme, objet sexuel, de désir, et dont la fonction principale est la reproduction, est en concurrence permanente avec l’autre femme. Objet de marchandise et de consommation, l’homme la délaisse dès le moment où elle n’est plus désirable. Et comme elle n’a longtemps rien été sans l’homme, en terme de place dans la société, il n’est pas étonnant que la concurrence la rende un tantinet nerveuse.

Diviser pour mieux régner, ça vous parle ?

Donc, ce n’est pas de notre faute si on en est là. Mais il est temps de réfléchir et de réagir mesdames. Il est surtout temps de se libérer. Fais pas ta biatch et sois un peu solidaire, merde. Et puis arrête de te justifier. J’en peux plus de ce genre de phrase :

– Tu vois, moi, je suis une femme vachement indépendante. J’ai beaucoup de caractère.

– Ah ouais. T’en as de la chance. Moi, je suis une grosse larve, complètement soumise aux diktats des hommes. J’ai du mal à réfléchir par moi-même.

L’agacement est subtil. Je ne sais pas si elle a reçu le message. C’est un peu comme les mecs qui rentrent de voyage, et qui te coincent avec des banalités.

– J’adore voyager, découvrir de nouvelles cultures, m’ouvrir au monde. J’ai toujours été un aventurier dans l’âme.

– Ah ouais. T’en as de la chance. Moi, j’aime pas ça les voyages. Je préfère rester dans mon petit T3 jusqu’à la fin de ma vie. Le monde ne m’intéresse pas.

Pourquoi, en 2018, en France, une femme ressent-elle le besoin de se justifier sur son indépendance et sa liberté ? Parce qu’il y a encore des connards qui nous font croire que l’indépendance n’est pas quelque chose d’inné chez la femme. J’ai dernièrement entendu un homme, d’une génération supérieure, se lamenter sur mon sort.

Non, mais Lola, elle est trop indépendante. Elle ne trouvera jamais de mec.

BÛCHER DIRECT. C’est pas bientôt fini ces conneries putain. Est-ce qu’on dit d’un homme qu’il est trop indépendant ? NON. Est-ce qu’on en fait un défaut pour trouver une meuf ? NON. Est-ce que le but ultime dans la vie est de se trouver un mec ? NON. Est-ce que c’est la faute des autres nanas quand justement je n’en trouve pas ? NON.

« On ne naît pas femme, on le devient » a dit Simone. Allez, les filles, et si on s’aimait ?

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