Le coach sentimental

jean-claude-duss

On a tous notre coach personnel en amour. Moi, c’est ma copine Suzette. C’est un gros cassos des relations sentimentales sauf quand il s’agit de me conseiller. D’ailleurs, je suis également son coach, cassos première étoile, cela va sans dire. On est vraiment mauvaises pour gérer nos relations, mais pour celles des autres, on a toutes les solutions.

(Pour une question de simplicité de lecture, et comme pas mal de gens sont un peu limités, j’ai établi un code couleur dans les dialogues. Vert pour Suzon, rose pour Lola parce que je suis une lady, bitch.)

– Et toi, t’en es où avec Maurice ?

– Boh, ça suit son cours, tranquille.

– Comment ça, ça suit son cours ? Vous vous voyez régulièrement ? Vous avez fait des sorties en plein jour ?

– Ben, l’autre jour on est allés à Emmaüs.

– Kouuuuua ? À Emmaüs ?!

– Détends toi, on a pas acheté un appart.

– Non mais t’as foutu un pied dans le couple, espèce d’inconsciente !

– Pfff, n’importe quoi.

– Ben si. Emmaüs c’est comme d’aller à Ikea, sauf que c’est la version pour les gauchos. Mais ça reste un magasin d’ameublement, un truc de couple quoi.

– Merde, tu crois ?

– Vous avez fait quoi après ?

– On a posé des étagères.

– Mais t’es complètement barrée ma pauvre fille ! Et elle me dit, « ça suit son cours, tranquille » alors qu’elle pose des étagères ! Non mais putain on peut pas te laisser célibataire cinq minutes ! T’es dans la merde jusqu’au cou, on avait dit d’y aller doucement.

– Meeeeerde, j’avais pas vu ça comme ça. Qu’est-ce que je dois faire ?

– Tu fais ta bitch. Remets la grosse salope que tu es sur le tapis, sinon dans trois semaines, il te demande de repasser ses chemises.

– Il porte pas de chemise…

– Oui, ça va, c’est un gaucho, j’ai compris. Va falloir que tu donnes de ton cul ma vieille. Plus de rencontre avant le coucher du soleil. Et puis, au lit, tu y vas franco, tu donnes tout.

– Et je fais comment s’il me propose un truc en journée ?

– Tu le suces, direct. Tu cherches pas à comprendre.

Franchement, c’est pas facile. Je me fais régulièrement engueuler parce que je fais jamais rien comme elle m’avait dit. Je lui ai plus ou moins refilé le titre de coach mais, en fait, j’en fais quand même qu’à ma tête. Mais comme elle tient à son rôle, elle m’envoie des petits mots doux pour me maintenir active dans le game. Oui, le célibat, c’est du sport, faites pas comme si vous n’étiez pas au courant. Faut rester sur la brèche sinon tu te fais dépasser par les événements assez rapidement.

Du coup, moi je fais pareil avec elle. Et comme on se connait depuis plus de 10 ans, je peux vous dire qu’on a assisté à des dizaines de débuts de relation, des milieux, des fins, des largages, des plans cul, des trahisons, des passions et des peines de coeur. À nous deux, on a écumé un bon éventail du genre masculin. Du coup, on a établi nos codes.

– Non mais il est cool, je te jure. Tendre comme un Raymond, et drôle comme un Fernand.

– Et le cul ?

– La taille d’un Fred !

– Chaaaaaaampagne !

Quand la panique m’envahit, mon premier premier réflexe est donc d’appeler Suzette. Le fameux appel à un ami. Ce genre de coup de fil prend minimum 60 minutes. Une heure d’introspection et d’analyse. Et puis quand je raccroche, je ne fais finalement rien de ce qu’on avait convenu ensemble.

Exemple concret : croiser son ex avec une nouvelle meuf. Dans ce genre de situation, le premier réflexe est de se mettre en position foetale et de se faxer sous la voiture la plus proche de soi. Et d’appeler son coach.

– Suzon, AU SECOURS, j’ai croisé Paco avec une pute.

– Putain l’enculé ! Surtout ne bouge pas, ne dis rien, ne respire même pas !

– Je comprends pas, il était pas censé être dévasté ? Non, mais je ne suis plus dans sa vie, quoi, on est pas censé s’en remettre de ça. ALLO QUOI ! Sans moi, la vie n’a aucun sens bordel de merde… non ?

– Non mais carrément ! Mais quel fils de pute, il ose aller bien, j’y crois pas. Comment elle est ?

– Moche. Elle a de la moustache et le cheveu gras, on dirait Pablo Escobar. Et puis elle a l’air conne la pauvre, je te raconte pas. On sent qu’elle a pas le sens de l’humour et qu’elle boit du thé le samedi soir.

– Non mais voilà, Lola, c’est qu’un pansement, laisse tomber. Toute façon, il peut pas trouver mieux que toi.

– Ouais je sais. Mais je fais quoi ? Je lui dis bonjour ?

– Non mais tu veux pas le sucer non plus ? Trace ta route !

– Mais il m’a vue putain. Merde, j’ai même pas un mec à exhiber, un bébé, un chat, un godemiché, rien !

– Pour la dernière fois Lola, ne lui parle surtout pas. T’es au chômage, t’es célibataire et t’as tes règles. Tu peux pas gagner la partie là. Donc, tu fais demi-tour et tu te casses, c’est compris ?

Mais rien ne se déroule jamais comme on avait dit que ça se passerait. Maintenant, Pablo Escobar se plaint que je lui ai tiré les cheveux un peu fort. Je l’avais dit qu’elle avait pas le sens de l’humour cette pute.

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