Tinder, mon vibromasseur et moi

Vincent Galy

Je suis entrée dans la catégorie des célibataires longue durée (CLD). Ouais, je me suis rendue compte de ça l’autre jour. J’ai compris que je faisais partie du club, parce qu’à un moment donné, j’ai eu cette pensée : « tiens, j’aimerais bien avoir un mec pour mater un film ce soir au lieu d’aller me retourner la tronche au bar ».

Je me suis auto choquée par cette pensée. C’est là que j’ai compris que j’étais célibataire longue durée.

Tu fais partie du clan des célibataires endurcis quand t’as oublié les inconvénients d’être en couple. T’as passé assez de temps livré à toi-même pour oublier la misère que tu avais vécu avec le dernier con.

T’as guéri. T’as fait la teuf. T’as baisé. T’as oublié. Tu es fatigué. Prêt à tout recommencer.

Comme une bonne CLD, j’ai chassé dans les différents réseaux qui se présentaient à moi. Mais y’a des règles de savoir vivre à respecter, notamment de ne pas se taper tous les copains d’un même groupe. Du coup, viens un moment où il faut changer de réseau. Et c’est là que la solution apparait : TINDER

*(pour les gens chelous qui ne sauraient pas ce qu’est Tinder, c’est un site de rencontre adapté aux smartphones et à la société de consommation, où tu fais défiler les photos des célibataires d’un côté ou de l’autre en fonction de s’il est gossbo ou pas. Ça s’appelle « swiper ». Quand tu swipes vers la droite, c’est que tu envisages de le pécho. Si le mec fait pareil de son côté, il y a « match » et tu as la possibilité de lui envoyer des messages)

Voilà. J’ai créé mon premier compte sur Tinder. Sauf que tout de suite, je me suis dit :

Putain ma gueule, mais ça veut dire que je vais devoir aller à des rencards ?

J’étais pas bien. Non parce que j’ai réfléchi. Je crois que, de ma vie, je n’avais jamais eu de rencard avec quelqu’un avant de coucher avec lui.

C’est vrai quoi. Depuis quand on discute avant de baiser ?

La logique veut que tu te rencontres dans une soirée, dans un bar ou qu’importe l’endroit tant que ça implique de l’alcool. Tu passes la nuit avec cette personne. Et si la nuit était pas dégueu, à la limite, tu envisages de revoir l’homme dans des circonstances non alcoolisées. Et là, t’as beau avoir déjà eu un tête à tête avec sa teub, t’es stressée, tu sais pas comment t’habiller, t’as prévu un plan d’évacuation si jamais le type est lourdingue. Bref, ça ressemble à un rencard.

Mais JAMAIS au grand JAMAIS tu ne rencontres une personne, avec laquelle tu n’as jamais couché, en journée pour une date. Weird.

Le sexe est devenu beaucoup moins intime qu’un restau en tête à tête avec quelqu’un. Je suis clairement beaucoup plus à l’aise dans un 69 que pour parler de ma famille et de ma situation professionnelle.

Donc, me voilà en train de swiper sur Tinder et fatalement, je finis par filer un rendez-vous. Et pour la première fois de ma vie, j’avais rencard avec un mec dont je n’avais jamais vu la bite.

Non mais pourquoi pas. Y’a un début à tout.

Bon pour l’instant, je dois avouer que c’est pas hyper probant. J’ai vu quelques mecs, mais rien de foufou. Je crois que je me la joue trop intello. Erreur. Bonjour, on est sur Tinder, on n’est pas là pour réfléchir bitch. Faut que j’arrête de matcher les gens originaux. Et que je me concentre sur les gens juste beaux. Je suis beaucoup trop sélective je pense. Du coup, je matche un mec sur 1000.

Je swipe à gauche, je swipe, je swipe, je swipe. Parfois, je swipe sans m’en rendre compte. Comme quand tu fumes une clope. Je fais ma pause swip. C’est une drogue ce machin. Je swipe, je swipe et d’un coup, ah, oh, miam, oh haha une citation de Kaamelott, ok, swipe à droite.

MATCH.

Vrrrrrrrr. Vous avez un message de Jean-Claude.

« Oh j’ai toujours rêvé de rencontrer une fée aux accents de Maïté » (ok j’ai un profil un peu particulier, on ne juge pas)

Sauf que je suis en train de swiper là. Je regarde le message. J’ai les doigts qui piquent. Putain, balec de Jean-Claude. Déso mec mais je suis grave occupée là. Et je continue à swiper frénétiquement, comme une toxico.

Y’a des hommes, meskine, je sais pas comment ils s’en sortent dans la vie. Quand tu vois leurs profils Tinder, tu te demandes comment les mecs ont pu survivre jusqu’à maintenant.

C’est fou comme une photo peut en dire long sur une personnalité. Personnellement, je décide en moins d’une seconde si ça peut matcher ou non.

– mec en chemise blanche/ ambiance start up-macroniste. Ça dégage.

– mec torse nu ou biscotto au vent. Ça dégage.

– mec avec chiards. Déjà depuis quand les enfants sont devenus un argumentaire de vente ? Pourquoi les hommes s’affichent avec leurs chiards, quelqu’un leur a dit que c’était pas sexy un gosse ? Faut pas faire ça. Moi quand je vois ça, ça me file l’envie de supprimer l’application. Les enfants, faut les cacher le plus longtemps possible si tu veux avoir un match. Comme les unijambistes. Pareil. T’envoie que des photos de ton buste. Puis au moment du rencard, tu comptes sur un mélange de pitié et de fascination. Mais ça dégage.

– mec en photo avec un lama ou une famille indienne genre j’aime le voyage et la découverte de nouvelles cultures. Ça dégage.

– mec en selfie. Je suis de la génération club Dorothée mec, I’m too old for this shit. Ça dégage.

– mec avec son chien/chat, genre j’ai un cœur qui bat. Ça dégage.

– mec qui fait un regard mystérieux, un clin d’œil, une pause chelou sexy. Ça dégage.

– mec que tu sais pas à quoi il ressemble au bout de cinq photos, parce que sa tronche change du tout au tout, genre il a pris un compte avec ses cousins. Ça dégage.

– mec qui se prend en photo dans sa bagnole. Non mais là faut m’expliquer. À quel moment c’est cool de se prendre avec sa ceinture de sécurité ? Ça dégage.

– mec trop propre. Trop bien coiffé pour être honnête. Ça dégage.

– mec trop sale. Trop de dread locks pour être honnête. Ça dégage.

(Nota Bene : attention. Ne pas aller sur Tinder quand t’es en chaleur. C’est comme aller faire les courses au supermarché quand t’as faim. Faut pas faire ça. Parce que tu prends n’importe quoi et tu te retrouves avec plein de merdes dans ton panier.)

Reste encore la description. Alors là, y’a pas mal d’écrémage aussi.

– description culcul type « il n’y a pas de hasard » ou autre citation d’Oscar Wilde. Ça dégage.

– humour raté type « j’aime les bonnets. Mon préféré est le b ». Les mecs se sentent vraiment obligés de faire des blagues. Mais dans le doute les gars, il faut s’abstenir, c’est gênant. Et ça dégage.

– les rebelles genre « ouais si c’est pour parler de téléréalité passe ton chemin » ou « en 2019 les femmes peuvent faire le premier pas » (#mansplaining). Ça dégage.

Après tu croises des mecs que tu n’aurais jamais pu croiser dans ta vie. Le champ des possibles s’ouvre à toi. Par exemple, tu peux rencarder un pilote d’avion. C’est clairement pas au Breughel ou au Filochard que je vais tomber sur un pilote. Donc là, allons-y, partons sur de l’extravagance. Moi qui ai peur de l’avion, je me dis que c’est peut être le remède. Non mais chais pas, j’improvise là.

Je vais casser le suspense direct. Je ne me suis pas encore envoyée en l’air avec un pilote (déso pour la blague pourrie, c’est Tinder, ça me grille les neurones).

Non, pour l’instant, moi, je suis occupée à swiper.

Un conseil pour les gens qui souhaitent découvrir Tinder. J’espère que vous avez un bon vibromasseur.

2 réflexions sur “Tinder, mon vibromasseur et moi

  1. Ça fait beaucoup de monde à dégager tout ça, mais heureusement, tout le monde n’est pas à jeter sur Tinder. J’ai fait des rencontres sympas, perso. 🙂

    (J’ai découvert ton blog y’a quelques jours, j’adore ton humour)

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