Jordanie, acte I. Le Royaume de l’homme

Berger bédouin et ses copines (CP Suzette)

Pendant deux semaines, c’est au Moyen-Orient que je tribule. Faut savoir que la Jordanie est un pays frontalier avec l’Égypte, Israël, la Palestine, la Cisjordanie, la Syrie et l’Arabie Saoudite. Oui voilà, que des trucs tranquillou, détendu de la politique.

Ils sont là les gars, au milieu de la tension générale, à boire du café à la cardamone et à bouffer du hummus de déglingo. Se font pas chier les mecs.

Oui, je dis bien les mecs. La Jordanie est un pays d’hommes, un territoire à forte testostérone, un royaume de phallus. Les femmes? On ne sait pas où elles sont. Pas dans la rue en tout cas. Ni dans les restaurants. Ni les administrations. Ni les magasins. Pas même à faire le ménage dans les hôtels. Elles sont bien quelque part, faut bien enfanter tous ces mâles. Mais elles sont invisibles.

Il arrive d’en croiser quelques unes. Jamais seules. Voilées et surmaquillées la plupart du temps. Passage furtif et parfumé. Puis, plus rien pendant des heures.

Jeunes mâles à Amman.

J’écris ça alors que je suis en route pour Amman. J’ai bon espoir de voir des hordes de Jordaniennes dans les rues de la capitale. Peut être que les femmes n’aiment pas la campagne finalement.

Les hommes, eux, sont brutalement beaux. Je n’ai jamais vu de beautés pareils dans ma vie. C’est indécent. Faut aimer le style brun ténébreux, je vous le concède. Mais là, c’est dégueulasse de concentrer autant de beauté dans un peuple. Mi arabe, mi asiatique, mi félin par dessus. Bronzés, cheveux bouclés, yeux de chat, couleur du désert. Une expérience intense. Depuis mon arrivée, j’ai envie de gueuler aux femmes du monde :

ON ARRÊTE TOUT LES MEUFS, JE LES AI TROUVÉS !

Parfois, au détour d’une rue, des hommes surgissent, le teint brûlé par le soleil, drapés dans de longues capelines noires, keffieh rouge enturbanté autour de la tête, les épaules droites et le regard fier. J’ai rarement vu tant d’assurance. Ils se déplacent comme des princes. Ceux-là sont impossible à louper, ils cristallisent tous les regards. Ils le savent d’ailleurs mais n’en ont que faire. Ce sont les bédouins, fils du désert.

Awas ci-dessus, a l’air d’être model pour le prochain Disney à base de dune de sable. Non mesdames, Awas est notre futur hôte à Petra. Wallah y’en a partout des comme ça.

Les Jordaniennes sont sûrement belles aussi. Mais du coup, je sais pas.

On est parti à deux nanas avec Suzette. On s’est pas trop posé de questions avant l’aventure. Pas vraiment le genre de personnes organisées faut dire. On a embarqué un duvet, trois t-shirts, et deux pantalons flous (flou étant un truc flasque entre le sarouel et le pyjama, souvent très confort mais absolument dégueu en terme de style). On ne connaissait rien de ce pays, à part qu’il y a du désert. Et quelqu’un nous avait dit qu’il connaissait quelqu’un qui avait une amie qui était allée en Jordanie et que les gens « sont super cool ».

On a dit banco.

AQABA

Donc, on part heureuses et confiantes en la vie. Destination Aqaba, au sud du pays. On sort de l’aéroport, la bouche en cœur et les cheveux au vent. On s’engouffre dans le premier taxi en pleine nuit, waouh, hihi, regarde comme c’est beau. Houhou, il fait chaud.

Sauf que le taxi ralenti, le gars téléphone à quelqu’un, et s’arrête sur le bas côté, au milieu de rien.

Heu, c’est quoi son problème à lui.

Et là, tranquille Émilie, le chauffeur nous demande posément en mi arabe mi langue des signes de monter dans la camionnette blanche stationnée à l’arrière.

WHAT THE FUCK

Panique à bord, vous imaginez bien. L’homme ne parle qu’arabe. Le chauffeur de la camionnette débarque. Il parle à peine plus d’anglais. Faut monter dans la camionnette qu’il répète. Sous prétexte que jesaispasquoi. MAIS C’EST MORT MEC. Tu crois qu’on a jamais maté de film d’horreur ou quoi ? Ça commence toujours avec une camionnette blanche !

À ce moment là, on est complètement hystériques. Les portes de la voiture sont verrouillées, ce qui finit de nous faire péter une durite. On hurle aux hommes de nous ouvrir les portes, telles deux lionnes en cage. On finit par sortir de cette voiture, que dis-je, on se jette hors du véhicule comme dans un film de James Bond, alors qu’eux-même nous demandaient de descendre. Mais on ne contrôle plus rien. On est passées en mode ninja. On continue de beugler comme des chamelles. Les deux hommes sont perplexes et finissent par nous dire que non, c’est bon, du calme, n’allez pas dans la camionnette, c’est bon on vous dit, remontez dans le taxi.

Je refuse de refoutre mon boule dans ce taxi. Suzette me crie qu’on est au milieu de rien, en plein dans le désert, fais pas TA CONNASSE LOLA ET MONTE DANS CE TAXI !

Je cède. Mais en signe de rébellion et d’autorité, je monte à l’avant. J’apprendrais plus tard que s’asseoir à côté du chauffeur quand on est une femme en Jordanie signifie que tu désires avoir des relations intimes. Oups.

Le chauffeur finira par nous déposer où on le lui avait demandé. Quand l’adrénaline sera descendue, on se dira que quand même, peut-être qu’ils étaient de bonne foi finalement. Mais bordel, on ne demande pas à deux nanas de monter dans une camionnette au milieu du désert. Soyez pas con.

Les rencontres suivantes nous réconcilieront avec le genre masculin. Et toute cette beauté et ce caviar d’aubergine nous feront oublier notre mésaventure.

La ville d’Aqaba n’a rien d’exceptionnel, une ville blanche toute pétée. Putain mais ils pètent des murs sans arrêt, c’est quoi le truc, et personne ne ramasse jamais le bordel qui tombe dans la rue. Y’a quand même la mer rouge faut pas déconner hein, mais quand même, c’est tout pété.

Moi en pantalon flou, qui me la pète devant un décor tout pété.

AMMAN

La capitale est un joyeux bordel. Une ville blanche, toute pétée. Une autre. Mais là, grosse ambiance. Ça gueule, ça grouille, ça pète des trucs, ça vit.

Et ô joie, les femmes prennent leur place.

On mange hummus sur hummus, shawarma sur shawarma. Je suis en train de me transformer tranquillement mais sûrement, en gros pois chiche. Ces gens-là sont complètement accro au pois chiche, et à l’ail. Ils en bouffent à chaque repas, comme si tout le monde avait totalement abandonné l’idée de pécho. Et moi, je suis le rythme.

Si le hummus coûte aussi cher qu’un carambar, une nuit d’hôtel nécessite un crédit à la consommation. On est passées en mode radine, et on dort donc dans une chambre toute pétée.

On a essayé de toucher le moins de trucs possibles, c’était chiant pour dormir.

UMM QAIS

Les transports c’est vraiment la merde. Du coup, on a loué une voiture pour passer inaperçu et se fondre dans la masse.

Bonjour l’incognito :

Pose naturelle devant notre voiture sobre de la marque Sunny.

Il se met à pleuvoir sa race. On ne sait pas où on va puisqu’on est tellement organisées qu’on trouve nos logements au jour le jour.

Plus les heures passent, plus la météo se déchaîne. Bordel, on a l’air fine avec nos pantalons flous.

À l’heure où j’écris, on a encore fait les radasses et on se pèle le cul dans une chambre à l’allure de cellule de prison. Va falloir qu’on sorte bouffer du hummus. C’est chaud.

La suite de ces aventures pétées très vite.

J’ai perdu tout style et toute dignité. Ma peau sent le pois chiche. Je ne sais pas dans quel état je vais rentrer.

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